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  • Photo du rédacteurValère

Nuits arctiques, nuits magiques


Situé à 70°44' N, Kap Høegh / Ukaleqarteq est plongé dans le "jour polaire" pendant deux mois et demi chaque année, entre le 14 mai et le 30 juillet. Et quand les nuages ne sont pas de la partie (pas trop en tout cas), les lumières du "soleil de minuit" peuvent être extraordinaires. En 2015, j'avais eu peu d'occasions, mais de magnifiques souvenirs, en particulier une soirée avec de beaux petits bancs de brume ; en 2020, un peu de frustration du fait de la météo compliquée, mais au final quand même une belle nuit fin juillet ; cette année les occasions ont été plus nombreuses, il ne me restait plus qu'à gérer la fatigue pour en profiter pleinement !


« Nuit du 28 au 29 juillet. Le ciel se dégage côté nord en soirée, c’est parti pour une balade sur les crêtes (cette fois je n’hésite pas), vues magnifiques sur les montagnes l’océan la banquise les îles rocheuses, et silhouettes de mergules sur soleil de minuit. La lumière, le paysage, les vols de mergules : le kif complet. Et une impression de totale liberté quand je redescends léger sur le tronçon de mousses épaisses entre la tente et la cabane. »



« Nuit du 5 au 6 août. Dodo 21h. J’ai réglé mon réveil à 1h30. L’horizon est dégagé avec de petits nuages teintés de rouge au nord : je sors. Il fait doux (léger vent du sud). Je me pose en surplomb de la baie nord, en-dessous de la colonie, devant le lever de soleil et la glace de la baie qui se fait la malle. Un renard (forme bicolore) passe furtivement avec quelque chose dans la gueule (confirmation photo : un mergule adulte !), puis quelque temps plus tard, ce sont deux renards (forme bicolore) qui s’arrêtent un peu en chemin avant de grimper droit dans la colonie. J'y monte à mon tour et m'y pose. Encore vide à 3h du mat’, celle-ci se remplit d’un coup vers 4h, puis un goéland passe, re-passe, re-re-passe, provoquant de beaux envols, atterrissages, etc. A la redescente le vent du nord s’est levé. 5h45 : après cette "petite balade nocturne" de quatre bonnes heures, retour à la cabane, où je trouve Greg réveillé devant un bol de café. Je me recouche pour une heure et demie de sommeil complémentaire, lui part à son tour se balader. »



« Nuit du 7 au 8 août. Peut-être s’agit-il de la dernière nuit sur place ? (même si la glace dans la baie et le dernier échange avec Mette penchent plutôt pour un départ décalé) Toujours est-il que je remets le réveil à 1h30, et comme le ciel est dégagé et paré de belles couleurs rouges au nord, je sors ! Le chiotte en vrac, avec le sac tiré sur une petite dizaine de mètres, me fait hésiter et redoubler de vigilance. Un ours est-il passé, ou bien s’agit-il du renard curieux d’hier soir (qui était venu inspecter les toilettes) avec peut-être un pote ou deux en renfort ? Je monte et me pose dans la colonie. Le soleil pointe (un point, véritablement) au-dessus de l’horizon à 3h, puis s’aplatit complètement, avant de prendre une forme plus classique. Un renard vu brièvement sous la colonie. Plaisir sans cesse renouvelé des vols tournoyants de mergules. Belles lumières rosées sur quelques individus devant la baie englaçonnée et les montagnes dentelées de la Terre de Liverpool. Au retour, cinq lièvres dans les parages de la cabane. »




Laissons le mot de la fin à l'écrivain tchèque Karel Čapek, qui écrivait en 1936 un beau récit de voyage en Scandinavie, parsemé de petits dessins et de touches d'humour, "Voyage vers le Nord" :

« Ici, dans le Nord, c’est différent ; le soleil est toujours si bas sur l’horizon que les ombres sont longues et riches, comme chez nous lorsque le jour décline et que viennent les heures magiques de fin d’après-midi – alors, la lumière prend une teinte dorée, les ombres s’allongent, les objets s’estompent, leurs contours s’adoucissent et le relief s’impose plus que dans la lumière du jour, crue et blanche ; on distingue dans une netteté absolue chaque précieux détail sur le visage du monde, mais avec le séduisant et majestueux recul de la distance. Le jour boréal a la douceur de la fin d’après-midi ; à tout prendre, mon cher, je choisirais la lumière du Nord. »




[prochain épisode 7/10] Bon, et les ours polaires dans tout ça ?

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1 comentario


Julie CHARRIER WARRENER
Julie CHARRIER WARRENER
11 oct 2023

Magnifique

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